66Le mythe occuperait dans l’histoire de la raison humaine un rôle paradigmatique : celui d’objet de transition – ou transitionnel – d’une toute-puissance devenue croyance à une croyance devenue réalité. Il en découle nécessairement l’élaboration d’une théorie et non la mise en forme d’une idéologie. Ses lectures viennent justifier et consolider le « saut épistémologique » qu’il effectue de l’individuel au collectif, du présent au passé, bien plus qu’elles ne lui révèlent le chemin que sa science se devrait d’emprunter pour accéder à la connaissance du passé ou des primitifs. 1Depuis la philosophie grecque antique jusqu’à nos spéculations marxistes et historico-structurales les plus récentes, en passant par les travaux de Boas, Tylor, Frazer, Eliade, Lévi-Strauss et autres, l’analyse des mythes consiste, pour l’essentiel, à réduire et, dans le meilleur des cas, à effacer la distance supposée qui sépare le mythos du logos, termes qui, à l’origine, avaient la même signification, parole. À ne percevoir que la force des affects, la pensée freudienne s’est fourvoyée dans son appréciation de la conception mythologique ou animiste du monde. Et la métamorphose du muthos en êthos traduit le déclin de la toute-puissance de la pensée au profit d’une pensée devenue puissante. Nous avons indiqué les deux traits qui caractérisent la nouvelle pensée grecque, dans la philosophie. Mais ceux-ci ont la particularité d’être essentiellement mystiques, plaçant de ce fait leurs abstractions sous le sceau du prélogique, à la différence des concepts qu’utilisent les civilisés. 12L’analyse des mythes traduit de manière paradigmatique ce présupposé idéologique. Les expressions de plaisir, sentiment, désir, psychosexualité sont utilisées dans cette étude de manière synonymique. Prélogique ne doit pas non plus faire entendre que cette mentalité constitue une sorte de stade antérieur, dans le temps, à l’apparition de la pensée logique. Freud, à notre connaissance, n’aborde jamais ce problème, dont il ne semble pas même conscient ; il ne remettra d’ailleurs jamais en question les thèses sur la mentalité primitive développées dans Totem et tabou27. Elle éloigne – plus qu’elle ne rapproche – de l’appréhension de la spécificité des réalités de l’esprit. 37Remarquons également que Freud ne réduit pas la pensée mythologique à la religion et, à l’encontre de tout un courant d’anthropologie religieuse, les différencie nettement. En d’autres termes, la logique des primitifs serait-elle identique à la nôtre ? Le progrès irait ainsi de l’irrationnel au rationnel, de la domination du plaisir à celle de la réalité. Raison et déraison du mythe : au coeur des imaginaires collectifs, de Gérard Bouchard, Montréal, Les Éditions du Boréal, 2014, 230 p.. Un article de la revue Politique et Sociétés (Travail, genre et justice sociale) diffusée par la plateforme Érudit. Freud n’a donc pu concevoir dans ce domaine l’existence d’un esprit clivé, reflet de la toute-puissance de la pensée, qui permet d’adhérer à des croyances, en même temps que de s’adapter à la réalité effective, sans que ces deux niveaux de fonctionnement s’excluent. À l’origine, dans la pensée animiste, c’est le psychisme, à savoir le désir, qui constitue l’essentiel de la réalité, les processus animiques sont, comme le dit Freud, surestimés. Force est pourtant de constater que la croyance aux mythes n’a guère invalidé la possibilité d’une pensée scientifique. 10 Pour une interrogation de l’inconscient avant Freud et en dehors de Freud, voir Eustache, Lechevalier & Viader 1998, 207-237. La phase animiste correspond alors, aussi bien dans le temps que par le contenu, au narcissisme, la phase religieuse au stade de la découverte de l’objet, qui est caractérisé par la liaison aux parents, et la phase scientifique a son parfait pendant dans l’état de maturité de l’individu qui a renoncé au principe de plaisir et, s’adaptant à la réalité, cherche son objet dans le monde extérieur, Démontrer ce qu’on peut encore en déceler dans la vie de nos jours – soit dévalué sous la forme de la superstition, soit vivant en tant que base de notre langage, de notre foi et de notre philosophie – dépasse notre propos, Nous parlons du narcissisme du petit enfant et nous attribuons au narcissisme excessif de l’homme primitif le fait qu’il croit à la toute-puissance de ses pensées et veut de ce fait influencer le cours des événements dans le monde extérieur par la technique de la magie, Nous trouvons, chez ces derniers [les peuples primitifs], des traits que l’on pourrait attribuer, s’ils étaient isolés, au délire des grandeurs : surestimation de la puissance de leurs désirs et de leurs actes psychiques, « toute-puissance de la pensée », croyance à la force magique des mots, et une technique envers le monde extérieur, la « magie », qui apparaît comme l’application conséquente de ces présuppositions mégalomaniaques. Elles ne semblent pas non plus témoigner de l’existence d’un mode de fonctionnement psychique. S’appuyant sur des considérations psychoaffectives, il tente d’en proposer une vision psychanalytique dans Totem et tabou. Or, cette première conception du monde que s’est faite l’humanité est une théorie psychologique20. « Tous les humains et toutes les civilisations ont besoin de mythes. Il part, pour la critiquer, de la conception de Taylor développée dans Primitive Culture selon laquelle les mythes, la magie, les rites funéraires, etc., correspondent à un besoin d’explication rationnelle. Mais, alors que, pour le structuralisme, le mythe est abordé sous le seul angle des mécanismes intellectuels qu’il est susceptible de révéler, pour la psychanalyse, il témoigne du vécu affectif. De nos jours, chez l’enfant, dont le développement nous est bien plus impénétrable, nous nous attendons à trouver une attitude tout à fait analogue envers le monde extérieur35. (1998), La Conscience et ses troubles, Bruxelles, De Boeck Université, p. 207-237. Comment comprendre le primitif névrosé si son état mental est déjà l’expression manifeste d’un mode de fonctionnement névrotique ? La raison est d’emblée perçue dans un lien organique au monde des sentiments. On pourrait alors ainsi poser les fondements d’une sorte de typologie évolutive des sociétés, subdivisées entre peuples inférieurs et peuples supérieurs, les uns détenteurs du raisonnement scientifique, les autres du raisonnement enfantin. De la même façon, appréhender scientifiquement le monde n’empêche pas de croire à l’incroyable des mythes. 21Pour elle, les récoltes, les bienfaits ou la mort sont perçus comme la conséquence directe de l’influence d’un esprit. – que cet ensemble discursif correspond à une manière de croire révolue ou à un savoir achevé et dépassé. infos Citations (46) Photos (9) Vidéos (13) Podcasts (8) Forum Citations de Jean-Pierre Vernant (46) Filtrer par titre : Tous les titres Entre mythe et politique (4) L'Individu, la mort, l'amour. À défaut de pouvoir mettre en évidence ce déficit chez les croyants en la mythologie, on s’est alors – retour du refoulé ? Assurés dix mille ans avant les autres, ils sont toujours le substrat de notre civilisation » (Lévi-Strauss 1962, 25). », in Œuvres complètes, vol. Encore qu'il y ait une rationalité du mythe, ce qui montre bien l'historicité du philosopher, non dans ses questions, mais dan… Inapte à envisager un rapport sain au monde sensible, handicapé pour accéder à la pensée véritable, celle qui permet de percevoir le monde sensible dans sa réalité effective et de dissocier le monde subjectif du domaine de l’objectivable, inhibiteur de l’avènement de la raison scientifique, le mythe ne pouvait que s’effacer de l’horizon mental, autant affectif qu’épistémologique. Freud S. (1995), L’Avenir d’une illusion, in Œuvres complètes, vol. L’opposition entre la raison et l’affect est loin de la pertinence dont on lui fait crédit. L’enfant ne ressent pas de différence entre sa propre essence et celle de l’animal ; dans le conte, il fait penser et parler les animaux sans s’étonner ; il déplace un affect d’angoisse qui vise le père humain sur un chien ou sur un cheval, sans intention de rabaisser par là son père28. La raison peut-elle avoir raison du mythe ? Cette opposition néglige la diversité culturelle et suppose que certains peuples n’ont pu, pour ainsi dire, s’inscrire dans l’histoire. La raison est l’expression de l’esprit humain en tant qu’il remonte à l’origine des choses (principes, causes premières, le pourquoi du réel) en se fondant sur sa seule capacité à connaître, sans intervention d’une autre autorité pour atteindre 6S’il a fallu attendre que se dévoile à notre conscience le visage barbare que la science peut parfois revêtir pour que la raison perde de sa superbe, il n’en reste pas moins que la critique de cette dernière ne s’est pas engagée au nom de la valorisation ou de la reconnaissance d’un quelconque savoir. Tantôt elle ne retient que la seule dimension affective (Freud et ses disciples), tantôt elle n’appréhende que ses composantes cognitives (Lévy-Bruhl, Lévi-Strauss et le courant qui s’en réclame). Dans l’expression freudienne, l’idée éponge la toute-puissance, son contenu s’avère secondaire, seul compte le fonctionnement qui le sous-tend. Cette toute-puissance de la pensée, concept qu’un Cassirer retiendra de Freud, explique à la fois la familiarité et l’étrangeté du mythe. L’analyse des cas d’inquiétante étrangeté nous a ramené à l’antique conception du monde de l’animisme, qui était caractérisée par la tendance à peupler le monde d’esprits anthropomorphes, par la surestimation narcissique des processus psychiques propres, la toute-puissance des pensées et la technique de la magie fondée sur elle, l’attribution de vertus magiques soigneusement hiérarchisées à des personnes et à des choses étrangères (mana), ainsi que par toutes les créations grâce auxquelles le narcissisme illimité de cette période de l’évolution se mettait à l’abri de la contestation irrécusable que lui opposait la réalité. Or ce que nous avons à décrire ne s’est jamais offert à l’esprit des philosophes et des psychologues, qui n’avaient pas l’expérience d’individus se sentant, quoiqu’individus, les membres, les éléments d’un corps social qui est senti et représenté comme le vrai individu ; qui, sans doute se compose de ses membres, mais qui, en même temps, les fait exister » (Lévy-Bruhl 1949, 104). Ferenczi S. (1924), « Thalassa, essai sur la théorie de la génitalité », in Psychanalyse 3. Il est clair que pour le fondateur de la psychanalyse, la religion, produit d’une relation spécifique aux idéaux, particulièrement au père, n’est guère susceptible de proposer une explication psychologique du rapport de l’homme à la nature ou à sa vie psychique. L’interrogation essentielle, qui oppose l’approche freudienne à celle de Lévi-Strauss, réside dans la justification d’un saut épistémologique de l’individuel au collectif, et réciproquement. Freud S. (1987), L’Homme Moïse et la religion monothéiste, Paris, Gallimard. C’est ainsi que dans sa lettre publique, à visée pacifique, adressée en 1932 à Einstein, sous l’égide de la Société des Nations, il évoque le danger d’une dissolution de l’humanité à cause des couches « inférieures » de la société : « Depuis des temps immémoriaux, le procès de développement culturel se déploie à l’échelle de l’humanité (je sais que d’autres préfèrent l’appeler : civilisation). La connaissance qu’il possède de celle-ci n’est donc pas construite à partir d’une recherche historique, si tant est que cela soit possible dans ce domaine, ou d’une recherche anthropologique, même s’il prend soin de se référer aux études de ce domaine. L’utilisation de la raison est soumise à un préalable, du moins, elle ne peut s’exercer dans une interdépendance avec le monde des affects. Freud S. (1973a), Malaise dans la civilisation, Paris, PUF. 34 « Une difficulté de la psychanalyse », in Freud 1985, 181. 24 Freud 1984, 209. Le mythe ne recèle pas plus de domination, et, somme toute, peut-être moins, que la raison. Mythe et pensée chez les Grecs: Études de psychologie historique. Elle est le résultat d’une évolution ultérieure prétentieuse. Freud S. (1984), « L’intérêt de la psychanalyse », in Résultats, idées, problèmes, t. I, 1890-1920, Paris, PUF. De là vient qu’elle est si difficile à vivre5. 16D’emblée il apparaît clairement à Lévy-Bruhl que les primitifs souffrent d’un déficit de rationalité. L’œuvre de Lévi-Strauss ne contient, à notre connaissance, aucune considération relative à une quelconque interaction ou interdépendance entre raison et affect, comme si ces deux champs essentiels de l’humain n’appartenaient pas à sa nature. Frazer, auteur d’études anthropologiques considérables comme Rameau d’or et Totemism and exogamy, qui nourriront la réflexion freudienne présentée dans Totem et tabou, élaborera lui aussi une théorie de l’histoire de l’humanité qui est, parmi celles en vogue à l’époque de Freud, l’une des plus connues. Sans ambages, il déclare : « Corrigeons expressément ce que je croyais exact en 1910 : il n’y a pas une mentalité primitive qui se distingue de l’autre par deux caractères qui lui sont propres (mystique et prélogique). On devrait se contenter de conclure que la domination de la nature n’est pas la seule condition du bonheur, pas plus qu’elle n’est le but unique de l’œuvre civilisatrice, et non que les progrès de la technique soient dénués de valeur pour « l’économie » de notre bonheur19. 21 Notons que Freud n’accorde aucune place dans cette tripartition intellectuelle à la réflexion philosophique qui, même si elle se réfère à la mythologie, s’est constituée indépendamment d’elle, en privilégiant la rationalité. Parmi elles, la première créée, celle de l’animisme, est peut-être la plus logique et la plus exhaustive, c’est une conception qui explique intégralement la nature de l’univers. Il est probable que tous ces aventuriers à la recherche de la compréhension de l’esprit tomberaient aisément d’accord pour dire que le mythe parle du rapport de l’homme au monde sensible. Que la faculté logique qui la caractérise en premier lieu explique le chemin qu’elle emprunte parfois pour réussir à dominer la nature ne nous renseigne pas pour autant sur ce qui la « pousse » à choisir telle ou telle voie. Bien que ces primitifs détiennent un appareil cérébral identique au nôtre, leurs perceptions passent par le crible d’un esprit différent, ce que traduisent les images qu’ils reproduisent, aux dimensions inexactes, disproportionnées et aux couleurs sans fondement objectif, preuve pour Lévy-Bruhl de leur manque d’objectivité et d’objectivation. Ce qui ne signifie pas que son contenu symbolique ait la clarté de la raison ou livre des croyances rationnelles, mais que son organisation obéit à une mise en scène cadrée, sans metteur en scène et sans quête d’auteur, selon des règles réfléchissant la nature de l’esprit, même si on considère que celles-ci émanent d’une réalité politico-sociale spécifique. Hormis quelques rares exceptions, comme dans son essai qu’il refusera de publier – « Vues d’ensemble des névroses de transfert » – Freud n’expose guère ce qui, chez le civilisé, persiste du passé de l’espèce : Démontrer ce qu’on peut encore en déceler dans la vie de nos jours – soit dévalué sous la forme de la superstition, soit vivant en tant que base de notre langage, de notre foi et de notre philosophie – dépasse notre propos33. Et comme l’écrit Lévi-Strauss, les mythes « signifient l’esprit… [et sont] déjà inscrits dans l’architecture de l’esprit »40. La psychanalyse a montré que l’expression de la raison se pliait ou dérivait de l’expression des sentiments. Le mythe ne s’érigeait pas, comme le croient Adorno et Horkheimer, en refoulé dont le retour rendrait la raison tragique. 67Si le mythe nous initie à la conscience de soi, comme l’affirment certains mythologues, nous en éloigner nous ouvre à la connaissance d’autrui et à la vérité objective. Les travaux d’Edward Taylor ne sont probablement pas non plus sans lien avec l’idée freudienne selon laquelle les peuples dits primitifs représentent des stades antérieurs de l’humanité. Il écrit par exemple : « On a ici l’impression que l’histoire du développement de la libido répète une portion beaucoup plus ancienne du développement de celle du moi, [la] première répète peut-être [les] conditions [de vie] de la généalogie des vertébrés, tandis que [la] dernière est dépendante de l’histoire de l’espèce humaine. Il apparaît, de ce fait, essentiel de distinguer le mythe comme récit, à ce titre organisé, malgré ses invraisemblances rationnelles, selon les processus secondaires, et la topique à partir de laquelle il s’est, par projection, constitué ; la toute-puissance de la pensée présente dans le mythe se résume simplement au contenu projeté, lequel, dans un second temps, celui de l’organisation du récit et de sa transmission, subit la loi d’une rationalité. Elle a présupposé un lien évolutif quasi organique du mythe à la science, qui les nouerait inextricablement et obscurément. En raison de la spécificité intellectuelle de chacune d’elles, il serait vain, selon l’anthropologue français, de tenter de mettre en correspondance la mentalité prélogique spécifique des sociétés primitives et la mentalité logique des peuples civilisés. D’où les dissensions infinies entre les auteurs à propos de ce que, parmi les particularités d’une civilisation, il convient de tenir pour primaire et de ce qu’il faut comprendre comme une configuration secondaire plus tardive. Le constat s’impose pour Freud qui développe sa réflexion sur le monde pulsionnel pour conclure sur des considérations intellectuelles. 15 Cette vision évolutionniste conduit parfois Freud à exprimer une sorte de darwinisme social, ce qui est assez courant à son époque, l’existence d’une différence culturelle ou, selon la terminologie d’alors, de différence de « races ». Mais bien plus qu’un fonctionnement psychique particulier, ce dernier, compris dans une perspective psychanalytique, imprègne tout processus de pensée, participant ainsi à dévoiler l’essence même de l’être. 11Rappelons ce truisme : les relations que les humains entretiennent avec eux-mêmes, autrui et le monde environnant ne se limitent pas à l’un de ces deux domaines animiques. Au stade du totémisme, le primitif ne trouvait pas choquant de faire descendre sa lignée d’un ancêtre animal. Jacquy Chemouni, « La toute-puissance : entre mythe et raison », Kentron [En ligne], 22 | 2006, mis en ligne le 21 mars 2018, consulté le 25 janvier 2021. Elle y est plus souvent indifférente. Critiques, citations, extraits de La Grèce ancienne 01 : Du mythe à la raison de Jean-Pierre Vernant. Dans le sillage de ce questionnement, le mythe est ainsi apparu comme une étape par laquelle l’humanité devait nécessairement passer pour atteindre sa pleine maturité. Les philosophes de Milet . Personne ne semble jamais avoir douté de son utilité. 13 Voir Freud 1988, « Vues d’ensemble des névroses de transfert », écrit en 1915 et publié pour la première fois en 1985. Le progrès consiste en fait en un développement des capacités cognitives, lequel se réalise par l’atténuation de l’impact du monde pulsionnel, en termes freudiens, par une diminution de la mainmise du principe de plaisir au profit du principe de réalité, ou encore comme l’écrit Freud : « Toute la civilisation doit s’édifier sur la contrainte et le renoncement aux instincts »17. Ainsi, ni la conception religieuse, encore moins la conception scientifique, ne sont désignées comme explication psychologique. Peut-être le procès est-il comparable à la domestication de certaines espèces animales » (Freud 1995b, 80-81). 62Si nous ne croyons plus dans notre monde occidental moderne aux mythologies comme nos ancêtres, nous croyons par contre à d’autres types de mythologie, et cette croyance s’affirme parfois au détriment des vérités les plus élémentaires en contradiction avec la réalité. Freud S. (1993), Totem et tabou, Paris, Gallimard. La différence essentielle entre les croyances des primitifs et celles des peuples civilisés tient à ce que ces derniers délimitent clairement ce qui appartient au registre de la réalité de ce qui s’en écarte. Il est remarquable que cette outrecuidance soit encore étrangère au petit enfant de même qu’à l’homme primitif et préhistorique. Dans ce cas de figure, l’éprouvé fait acte de réalité, de telle sorte que le primitif appréhende cette dernière à travers le crible de son propre monde intérieur qu’il avait au préalable projeté : La première conception du monde que les hommes aient réussi à se faire de l’animisme, était donc une conception psychologique, elle n’avait pas encore besoin d’une science qui la fonde, car la science n’intervient que lorsqu’on a reconnu qu’on ne connaît pas le monde et qu’il faut, pour cette raison, chercher des moyens pour apprendre à le connaître. Déterminer l’état originel relève donc toujours de la construction. -Le premier permet d’amener le sujet et les citations.