cit., p. 97 s. ; et Principes de la philosophie du droit, § 3, remarque (trad. par ex. franc., p. 85-99. Le rapport à l’absolu qu’est la religion prend lui-même la forme de la représentation40. Nous tenterons ensuite de préciser la nature et la signification de cette démarche, afin de déterminer ce qu’elle pourrait apporter à ce que l’on dénommerait sans doute aujourd’hui non pas tant une science sociale ou politique, qu’une « philosophie sociale ». cependant la correction très juste de Jacques D’Hondt dans « Genèse et structure de l’unité de l’esprit objectif », in Hegel. Son ambition est de comprendre ce qu'il en est de l'équation de l'effectif et du rationnel posée par les Principes de la philosophie du droit. Si Hegel parle d’« esprit objectif » c’est pour souligner que cet esprit est « objet » — et non pas aussi, justement, « sujet » — sujet de cet objet : certes, la réalité décrite n’est pas matérielle ou naturelle, mais plutôt d’ordre « spirituel » (geistig). 35  Cf. Esprit objectif. à examiner la législation en général et ses déterminations particulières non pas de façon isolée et abstraite, mais comme moment dépendant d’Une totalité, en connexion avec toutes les autres déterminations qui constituent le caractère d’une nation et d’une époque ; c’est dans cette connexion qu’elles reçoivent leur signification véritable, ainsi que leur justification63. Français Esprit objectif et esprit absolu chez Hegel. Jean-François Kervégan: L’effectif et le rationnel. Esprit objectif Cette partie du système hegelien est relativement peu développée dans l' Encyclopédie des sciences philosophiques . Common crawl Il convient également de garder à l’esprit l’objectif d’une intégration sociale accrue et efficace. aussi le texte particulièrement éloquent de Reinhold, traduit et introduit par J.-F. Goubet sous le titre Le principe de conscience. Ainsi, il est bien possible d’affirmer que le même « objet » — une cathédrale, par exemple — peut être considéré selon deux perspectives différentes : la perspective de l’histoire de l’art, qui consiste à considérer une cathédrale comme une œuvre, répondant aux critères du jugement esthétique ; et la perspective proprement historique et politique — nous dirions peut-être aujourd’hui : institutionnelle — dans laquelle ce qui compte, c’est de savoir si la cathédrale remplit un rôle, une « fonction » dans notre société, et quel est ce rôle ; ou si, au contraire, elle n’en a plus. Jahrhundert, Beiträge zu seiner geschichtlichen und systematischen Bedeutung, éd. Mais ce dont il s’agit pour lui lorsqu’il parle de religion, c’est de la religion conçue, elle aussi, comme production par un « sujet » et semblable, sur ce point, à une œuvre d’art, à la production d’un « génie ». par H. Büchner et O. Pöggeler, Hamburg, Meiner, 1968, p. 482, trad. 14Soulignant ce point, Nicolai Hartmann distinguait déjà entre les deux termes, dans l’ouvrage intitulé Le problème de l’être spirituel, et sous-titré « Recherches sur la fondation de la philosophie de l’histoire et des sciences de l’esprit » (1933)24 : pour caractériser la réalité proprement historique, il préservait le terme hégélien d’« esprit objectif » (objektiver Geist). Je noterai seulement que la thèse selon laquelle Hegel aurait été un membre à part entière, avec Schlegel et Schleiermacher, du premier romantisme allemand, est très contestable non pas seulement pour ce qui concerne les œuvres de la maturité du philosophe, mais aussi pour ses œuvres de jeunesse. par J.-F. Kervégan, p. 265 s. ; trad. Pour mettre en valeur ce caractère d’immédiateté, Hegel — qui, sur ce point, s’inspira d’Aristote — disait qu’elles constituent pour nous comme une « seconde nature »52. cit. Plaçant ces représentations au fondement même de sa nouvelle science de la société, il allait même jusqu’à déduire de celle-ci les impératifs moraux que devraient, à son sens, adopter les hommes politiques et les éducateurs. Dans Le problème de l’être spirituel (1933), Hartmann marque ses distances par rapport à Hegel — contrairement à ce qu’il avait fait dans son ouvrage de 1929 sur l’idéalisme allemand : il critique l’« énorme optimisme » historique qui aurait conduit Hegel à substantialiser l’esprit objectif, et à élaborer toute une « métaphysique de l’esprit »26. aussi N. Hartmann, Das Problem des geistigen Seins, Untersuchungen zur Grundlegung der Geschichtsphilosophie und der Geisteswissenschaften, Berlin und Leipzig, De Gruyter, 1933. 450.227.8441. Hegel pose aussi la question du langage et de son lien à l’esprit : peut-on dissocier la pensée du langage, des mots ? 12 W. Dilthey, Die Jugendgeschichte Hegels [1905], in Gesammelte Schriften, vol. franc. La philosophie de l’esprit, 1803-1804, trad. C’est dans le monde sensible lui-même qu’en tant que produit de l’histoire il se trouve imbriqué. Musique Publicitaire Definition, Bibliographie : 1. URL : http://journals.openedition.org/rgi/828 ; DOI : https://doi.org/10.4000/rgi.828, Professeur de philosophie à l’Université François-Rabelais de Tours et actuellement détachée au CNRS (UPRES-A 6045), est spécialiste de la philosophie allemande moderne (Kant, Herder, Fichte, Schelling et Hegel). Teil : Hegel, Berlin und Leipzig, de Gruyter, 1929, vol. Finalement, le système de Hegel ne peut pas être réduit à la section du « l'esprit objectif ». Certes, dans la philosophie hégélienne de la maturité, l’« esprit objectif » comprend bien aussi ce que Hegel dénomme une vie éthique immédiate : cette « seconde nature », faite d’habitudes ou de coutumes, de normes toujours déjà suivies, qu’il décrivit en s’inspirant d’Aristote. La Conscience - Philosophie Fiche, L'esprit libre. p. 72. On sait d’ailleurs que ce dernier, dont l’animosité envers Hegel et tout ce qui touche au hégélianisme fut notoires, finit par reprendre lui-même, dans des travaux plus tardifs, le concept hégélien d’« esprit objectif » ( objective mind) — en réitérant néanmoins certaines de ses réserves envers Hegel 3. Mais nous n’examinerons pas ici en détail — parce que ceci fut déjà fort bien fait57 –la façon dont Hegel, reprenant l’opposition courante à l’époque des Lumières du « naturel », ou « rationnel », à l’« historique », dit « positif », souligne l’immanence du dernier au premier, d’abord et avant tout dans la religion, puis dans bien d’autres phénomènes de la vie des hommes ; et s’engage ainsi dans une étude de cette « vie », conçue comme une totalité. Et pourtant — et c’est là tout le paradoxe — elle n’est pas celle d’un « sujet » : Il faut considérer comme un grand mérite de Hegel de ne pas avoir recherché, sur ce point fondamental, l’aide de constructions métaphysiques, de ne pas avoir introduit un intellect supra-humain — à l’exemple bien connu des rationalistes — ; de ne pas s’être échappé vers un « Je général » (zu einem « allgemeinen Ich ») ou un sujet transcendantal. ainsi, en français, l’ouvrage de Taylor consacré à Hegel et la société moderne, Paris, Cerf, 1998 ; ainsi que l’article intitulé « Esprit et action dans la philosophie de Hegel », in La liberté des modernes, Paris, PUF, 1997. Hegel rationalise une partie même de l'Histoire et … franc. Pour identifier ce qui le conduisit à la notion d’« esprit objectif » il faut donc regarder dans une autre direction, peut-être même la direction opposée, que celle indiquée par les lectures économiques de Hegel. Cohen et les sciences humaines, Catalogue des 552 revues. franc, par J.-P. Lefebvre et V. von Schenck, Cours d’esthétique, I, Paris, Aubier, 1995, p. 140-143. Mais si l’on veut comprendre ce qu’il entendit par la notion d’« esprit objectif », ce n’est pas d’abord, nous semble-t-il, à cette dimension qu’il faut penser55. Il faut reconstituer le contexte dans lequel il vécut : une tâche dans laquelle nous ne pouvons certes pas nous engager dans le cadre de cet article, mais dont nous pouvons sans aucun doute anticiper l’une des conclusions, parce qu’elle relève du bon sens. p. 350 s. 27  Cf. par ex. b) L'esprit objectif: 1) Le droit abstrait, 2) La moralité, 3) La vie éthique c) L'esprit absolu. On pensera cependant aussi, dans la littérature de langue anglaise, aux travaux d’A. Cf. Y A-T-IL UN ESPRIT OBJECTIF ? « Points », 1969, par ex. 9  Cf. franc, par S. Mesure, Paris, Cerf, 1988, p. 102-105, ici p. 104. Certes, le rapprochement que l’on établit parfois entre Hegel et Durkheim n’est pas totalement dépourvu de fondements. aussi, de Descombes, Les institutions du sens, Paris, Minuit, 1996 ; ainsi qu’une réponse de Taylor dans le numéro des Études philosophiques mentionné ci-dessus (3/1999, « L’interprétation quand même. Telle est la première raison, sans doute, pour laquelle il fait appel à la catégorie de totalité. 11  Avec par exemple Manfred Riedel, dans « Objektiver Geist und praktische Philosophie », in Studien zu Hegels Rechtsphilosophie, Frankfurt, Suhrkamp, 1969, p. 11-41, ici p. 12 : le concept n’est introduit par Hegel que dans l’Encyclopédie des sciences philosophiques de 1817, lorsque Hegel présente la division systématique entre « esprit subjectif », « esprit objectif » et « esprit absolu ». Cf. sur ce point T. Viehweg dans l’article intitulé « Positivismus und Jurispru-denz », in Positivismus im 19. par J. Blùhdorn et J. Ritter, Frankfurt a. M., Klostermann, 1971, ici p. 108 ; ainsi que notre ouvrage, Politique du jeune Hegel [voir ci-dessus, p. 112, n. 2], p. 84 s. 61  Des manières de traiter scientifiquement du droit naturel, trad. 2  Cf. En laissant de côté les leçons relatives à l’art, 1 Lettre à Louis Bouilhet, 4 septembre 1850. Cf. 49  Encyclopédie, III : Philosophie de l’esprit (1827 et 1830), § 459, trad. ), Religion et politique dans les années de formation de Hegel, Lausanne, L’Âge d’homme, 1982, p. 62-73), qui met bien en évidence la « précocité » de Hegel comme historien. But this conception is often assimilated to another one, going back to Dilthey, rather than to Hegel: the conception of an « objectified spirit ». franc, par B. Bourgeois, Des manières de traiter scientifiquement du droit naturel, Paris, Vrin, 1972, p. 99. Cf. 23Ce qui suscite aujourd’hui la comparaison des institutions à un langage, ou aux pratiques qui seraient incorporées dans un langage, c’est sans doute d’abord la critique de l’atomisme, cette approche privilégiée par tous ceux qui pensèrent pouvoir expliquer le langage et peut-être même, avec lui, toute notre vie mentale de façon atomiste, par le rapport entre, d’une part, des signes indépendants l’un de l’autre (et, au-delà, des représentations), et d’autre part des choses, des parties du monde. Le jeune Hegel serait en fait très proche de Schleiermacher, l’auteur dont, sa vie durant, Dilthey poursuivit l’étude16. franc., Théorie de l’agir communicationnel, Paris, Fayard, 1987, p. 390-402. aussi notre article « La philosophie hégélienne de l’esprit : une philosophie pratique ? 184 déjà Kant) récuse toute définition purement négative de la liberté subjective ; il ne va nullement de soi qu’un individu qui s’écarte des représentations et des pratiques conformes aux institutions ou qui les … 16 W. Dilthey, Das Leben Schleiermachers, vol. Emile Durkheim, Les règles de la méthode sociologique [1895], 8e éd., Paris, PUF, 1996, p. 14 : « Est fait social toute manière de faire, fixée ou non, susceptible d’exercer sur l’individu une contrainte extérieure ou bien encore qui est générale dans l’étendue d’une société donnée, tout en ayant une existence propre, indépendante de ses manifestations individuelles. Textes de Hegel (principales traductions utilisables) 2. Ce n’est qu’après s’être créé de nombreux besoins et une fois que l’acquisition de ces besoins se trouve étroitement liée à leur satisfaction, que les hommes ont été capables d’établir des lois. À ce dernier sens, courant depuis longtemps (tout particulièrement en droit), vint en effet souvent s’ajouter, à l’époque, le premier sens : l’ajout était nouveau60, et il marque déjà l’apparition de ces formes de « positivisme » qui se développeront tout au long du xixe siècle ; et dont Durkheim est, parmi bien d’autres, un représentant. tout particulièrement N. Waszek, The Scottish Enlightenment and Hegel’s account of « civil Society », Dordrecht, Kluwer, 1988. franc, par Hervé Rousseau, Paris, Pion, 1956, p. 146 s. 5 « Dilthey [...] tries to salvage the penetrating interpretation of historical forms while jettisoning the claims of the System to reach completion in a manifestation of rational necessity... », in C. Taylor, Hegel, Cambridge, UP, 1975, p. 538. Il fait strictement valoir le phénomène, tel qu’il le trouve, et il enregistre la contradiction sans la minimiser20. le bel article de Walter Jæschke, « Sogetto e soggettività », in Fede e sapere. Il fait, de F « esprit objectif » hégélien, un « esprit objectivé », allant même jusqu’à écrire que. ». — Dans « Y a-t-il un esprit objectif ? Hegel et l’hégélianisme, de Jean-François Kervégan, Paris, Presses universitaires de France, coll. 7, p. 346 s. ; trad. ), Religion et politique dans les années de formation de Hegel, Lausanne, L’Âge d’homme, 1982, p. 62-73), qui met bien en évidence la « précocité » de Hegel comme historien.